Témoignage : Pierre 46 ans
Notre fils est né autiste - quel malheur pour lui, pour son frère et nous, parents.
Petit, il a d'énormes difficultés pour la marche, pour s'asseoir, des pertes d'équilibre, des angoisses, des peurs, des pleurs, de l'agitation. Cela n'est pas facile tous les jours à gérer : il se montre parfois affectueux, est très sensible au bruit et dort très peu. Il ne peut être scolarisé en raison de ses troubles.
A l'âge de 7 ans, il est admis dans un centre spécialisé I.M.P. où il reste 5 ans. Tout se passe très bien, il fait quelques progrès. Ensuite, il est placé en centre avec internat, en raison de notre grande fatigue. Ce placement nous donne toute satisfaction, mais il doit le quitter à 21 ans, ayant atteint la limite d'âge autorisée.
C'est à partir de ce moment-là, après quelques mois passés à la maison, qu'il est admis en C.A.T. pour une durée de 6 mois. Hélas, cela ne lui convient pas. Il rentre alors en foyer occupationnel avec internat, où il reste 10 ans. Au bout de ces années passées dans cet établissement-internat, nous ne comprenions pas sa tristesse, son refus d'y retourner, ses cris, sa révolte. Mais nous ne pouvions imaginer qu'il s'y passait quelque chose de grave.
Questionné par notre médecin de famille, tant notre fils était mal, il révèle enfin son calvaire malgré les menaces de l'éducateur. Notre fils décrit les sévices de tout ordre qu'il a dû subir, ainsi qu'un de ses camarades. Devant cette horreur, nous décidons de porter plainte, de même que les parents de son ami handicapé. Mais l'affaire, comme beaucoup d'autres, sera classée, avec un non-lieu. Imaginez notre détresse ; nous décidons alors de le retirer de cet établissement.
Notre fils se remet difficilement de cette épreuve. Après 3 années passées à la maison, il trouve le temps long et s'ennuie. Etant suivi par un médecin-psychiatre d'un centre spécialisé qui prit connaissance de la triste affaire, ce dernier décide de prendre notre fils quelques jours par semaine en Hôpital de jour. Tout se passe très bien, sans aucun problème. Pour nous, cette aide fut précieuse et nous lui devons une grande reconnaissance.
A nouveau changement : un foyer occupationnel se crée tout près de nous. Notre fils y est admis. Tout se passe bien pendant 4 ans ; puis d'autres ennuis arrivent, certes moins graves, mais qui le perturbent beaucoup : un éducateur a des gestes déplacés à son égard. Pourquoi s'acharner sur notre fils ? De plus, il ne nous dit rien de la chose. Peut-être pour ne pas ternir l'image du centre. Et la direction protège le moniteur en question qui, interrogé par un supérieur, donne sa démission ; certains éducateurs essaient de le comprendre …
Ce qui s'est passé :
Au début de l'été, lors d'un transfert au bord de la mer, on n'hésite pas à lui infliger des douches trop chaudes, en punition de trop parler, de dire les choses. Notre fils se révolte et prend une bonne colère. Que lui fait-on ? On ne respecte pas son régime alimentaire - sans gluten - afin de lui provoquer des troubles dangereux pour sa santé. Tout cela par la direction. Mais, pour ces personnes cruelles, les faits relatés ne sont pas vrais, uniquement dans notre imagination !
Au mois de décembre, en sortie de sport, on le fait asseoir dans la boue, à proximité d'un étang, afin de faire des mouvements - genre de pompes. Quand il rentre, inutile de dire dans quel état il se trouve …Devant un tel tableau, où nous-mêmes devons nous mêler, c'est trop !
Que fait-on de nos enfants qui ont besoin d'amour, et surtout de respect ? Ils n'ont pas choisi de naître ainsi handicapés. Pourquoi doivent-ils subir de telles brimades, injustices, cruautés ?
Pour certains qui choisissent ce métier d'éducateur spécialisé - pour éduquer et protéger, ou faire souffrir ? - C'est un vrai scandale !!!
Joséphine et Jean |